Préambule

J'aime bien inspirer des auteurs, susciter des débats, lancer des idées, partager des sujets. Comme j'ai pris l'habitude de le faire régulièrement, mon blog, tout en étant le même, ne me ressemblait plus vraiment. Les invités s'accumulaient, on ne voyait plus le papier peint ; j'ai donc décidé de faire de la place et de les coller au plafond.

Pour commencer, la rubrique Blogs et... va se poursuivre ici.
(Les anciens messages et la plupart de leurs commentaires ont été transférés ici)

Bienvenus et merci à tous les participants

mercredi 3 décembre 2008

Oh Marie ! Une femme en dit

[Contribution de justmarieD]

Je suis entrée en blogomania comme d’autres s’inscrivent à la gym ou au tennis. Au début c’est une adepte de ce sport qui m’en a parlé ou plutôt qui a parlé de mes produits, j’étais alors en pleine création d’entreprise, en phase ascendante. Elle m’avait repérée lors d’une remise de prix sur une scène parisienne. Je souris aujourd’hui de me dire qu’elle s’était peut-être dit : « je le tiens mon sujet de demain, yesss ». Si j’étais alors loin de la sphère j’avais quand même des alertes Google sur le nom de mes produits et là, surprise, une inconnue vous offre des fleurs. Je découvre alors cet univers qui me paraît aussitôt fantastique, où chacun prend la parole, publie ce qui lui chante sous l’œil bienveillant de commentateurs plein d’admiration et apparemment tous potes ! Sans le savoir je venais d’attraper le virus !

Un premier blog triste, compliqué, conventionnel, contingenté, conflictuel : et oui plutôt que de parler d’accessoires pour fauteuils roulants je parlais « du bruit des pas » et ce n’était pas de l’avis de tout le monde et surtout pas de ceux pour qui la blogosphère peut prendre des allures de journal intime public, quelle horreur … moi j’étais prête à sortir âme et tripes comme on déballerait un cadeau étonnant d’un vieux kraft froissé !

Et puis, un jour de destin, un ami qui me veut du bien me demande de créer un blog pour alimenter une plateforme de blogs sur site dédié au handicap « mais si Marie tu as sûrement plein de choses à dire, une expérience à partager », j’attrape la balle au bond, relève le défi comme on entre en croisade, faire bouger les choses ou au moins y contribuer dans ce secteur moyen-âgeux du handicap ? Chiche 

Blog baptisé à la hâte, un petit jeu de mots qui me conduit à un pluriel déjà bien révélateur : « Les femmes en disent » où comment laisser sa peau d’âme plantée devant l’écran quand l’esprit lui est ailleurs, parti en vadrouille. Je deviens une inconditionnelle de ces libertés de pensées, c’est comme s’il y avait à portée de clic une autre dimension, des vies en mots dénuées du poids des corps. Alors soudain je raconte ma vie sous un certain nombre de casquettes, autoproclamée poule à facettes, tantôt mère, épouse, femme ou travailleuse, militante, insoumise, tantôt petite fille ou déjà vieille, tantôt faible, forte, fragile, éphémère, éternelle.

Je découvre chez d’autres taxés de moins capables, condamnés au dysfonctionnement des corps, parfois un hurlement « Je voudrais vous hurler mes quarante ans de silence » chez moi-je, femme mutique à qui la technologie donne la parole, d’autres suppliciés charnels qui écrivent leurs bonheurs simples et leur joie de vivre, leurs colères, leurs combats. Alors la magie opère et la solitude devient un mot incongru et désuet, à la limite du ridicule. Somme-nous seuls devant nos écrans ? Sommes-nous seulement encore devant nos écrans ou nos âmes dématérialisées partent-elles en voyage dans cette incroyable sphère ou le 1 et le zéro ont donné naissance à un outil fondamental de partage et de connaissance de soi et de l’autre : la communication ?

Blog et handicap au plafond ? Sujet peau de banane ! C’est malin il ne manquerait plus que je me casse la figure ! Je relis les articles précédents, me retrouve un peu en chacun d’eux, peut-on réellement écrire un article sur ce sujet ? D’accord mon blog me permet d’exprimer ma facette créative, écrire quel bonheur, je me souviens de cette année au lycée, la première atteinte aux mains et mon angoisse soudaine : et si un jour je ne pouvais plus écrire ? Aujourd’hui je sais qu’écrire est une chose que l’on peut faire du bout des cils. Je pourrais peut-être simplement dire qu’on en sort peut-être pas indemne de ces blogs là car souvent ils tapent dur, un peu comme si le handicap venait exacerber les contrastes, forcer les couleurs et les sentiments. Qu’est-ce qu’on lit dans ces blogs écrits par des personnes qui se savent handicapées : amour, gloire et beauté ? Poésie, récits, témoignages ? Le tout écrit avec plus ou moins d’amour, de talent ou d’humour ? Ben oui, comme partout ailleurs non ?

Et si en fait nous étions tous handicapés ?

Oui voilà ! On pourrait alors faire un buzz pour annoncer la bonne nouvelle, Balmeyer serait le nouveau messie j’ai décidé, il me plaît bien ce Balmeyer, il a un petit grain de folie juste ce qu’il faut pour être convaincant. Et alors la dichotomie handicapé vs valide disparaîtrait, on ferait la fête jusqu’aux petites heures d’une aube nouvelle, l’alcool et ses effets aidant les plus valides de cette assemblée de personnes handicapées à comprendre l’illusion de la validité des corps et des esprits.

Comme on serait heureux on s’endormirait, ça serait bien.


Découvrez Francis Cabrel!



Peinture : Marie par Georgik

19 commentaires:

Nicolas a dit…

Balmeyer,

Le messie ? Mais non !

justmarieD a dit…

Mais si messie :
[url]http://balmeyer.blogspot.com/2008/10/vendanges-13.html[/url]

Marie-Georges Profonde a dit…

Je te cite : "Et si en fait nous étions tous handicapés ?"

J'avais entendu une émission sur France Culture avec des handicapés, dont une dame qui disait un peu la même chose : "nous sommes tous handicapés, vous aussi vous êtes handicapé par rapport à quelqu'un qui aurait trois mains etc."

Oui, mais nous sommes majoritairement des handicapés qui marchent, parlent, voient et entendent, et lorsque ce n'est pas le cas, ce n'est pas simple car en France - il faut bien le dire, nous qui adorons toiser les américains par exemple - nous ne sommes pas en avance concernant les aménagements. Enfin là je ne t'apprends rien.

Le concept et l'expression "Poule à facettes", j'adore !

justmarieD a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Marcus a dit…

Marie écrit si bien et sur des sujets qui ne sont pas faciles. Par son Blog j'ai découvert Moi-Je. Grace à elles deux, mon regard sur le(s) handicap(s) a évolué.

Patricia a dit…

Et si nous étions tous handicapés ?
Nous sommes tous handicapés, c'est certain. Mais beaucoup l'ignorent. Et je crois même que l'handicapé du coeur est celui qui ignore le plus son handicap...Sacré handicap pourtant !

mtislav a dit…

Merci, oh merci ! Tous des handicapés, effectivement. J'attends des aménagements à la hauteur de nos dérèglements mentaux, enfin, je parle pour moi.

Leiloona a dit…

"Et si en fait nous étions tous handicapés ?"

Phrase percutante et ô combien vraie !
Tout n'est que question de relativité.
Cet été, j'ai vu une émission (sur une chaîne que je ne porte pas dans mon cœur ..., bref je ne la citerai pas ^^) sur des personnes handicapées qui ont gravi le Kilimandjaro. Elles se dépassaient ; elles me dépassaient en tout.

Pat ...*** a dit…

Nier son corps, les handicaps, la maladie, l'exclusion, ce nier, c'est oublier ainsi que la nature n'est pas une plaisanterie, qu'elle a ses propres règles et également ses défauts. J'ai compris cela il y a déjà très longtemps pensant à l'ablation de mon estomac et ce reste de partie irradiée depuis les années 60, toute ma tuyauterie m'est apparue symboliquement liée à la nature, à mon environnement. Et lorsque mon corps fut lui même atteint par l'incapacité de faire, j'ai visualisé ma pauvreté, j'ai vu ma pomme de douche, j'étais devenu en cet instant la pomme de douche, et je m'interrogeais sur le pourquoi des personnes achetaient des pommes de douches sophistiqué, anti-calcaire ! Et qu'ils jetaient pour ainsi dire la pomme incriminée à tort parce que l'eau refusait de couler par les trous à cet effet. L'eau salvatrice qui nourrit, qui lave n'importe quel corps doit passer par la pomme de douche pour arriver sur ma peau, mais il arrive parfois le calcaire l'empêche de passer et bloque pour ainsi dire l'arrivée de l'eau et non pas l'eau, il en était ainsi dans la vie. Le calcaire, c'est l'handicap, c'est la maladie qui altère la pomme de douche, et la pomme de douche c'est moi « ma pomme « et j'ai saisi toute l'importance d'un nouveau geste qui consista à vider dans le bac à douche ma pomme complétement de son eau et non plus la laisser sur son support en hauteur. Mon entourage était étonné de la durée de mes pommes de douche à 3€. Respecter, se respecter dans son handicap, sa maladie, son exclusion, suppose une seule chose fondamentale à mes yeux qui est de ne pas le nier, ce que j'ai fais trop longtemps, c'est de permettre l'existence d'une pauvre pomme à 3€ à exister, sachant que tous ceux qui se croient hors d'atteinte du calcaire, ne soient plus dans l'obligation intolérable de le nier et même si pour certains ils préfèrent l'eau de Cologne qui sent bon à l'eau de la douche, il n'est jamais trop tard, même après 50 ans ...

Pat ...***

Marc a dit…

Joli découverte et content de te rencontrer ici.

Audine a dit…

J'ai des scrupules à dire "on est tous handicapés". Non pas parce que je pense que moi non, mais certains handicaps sont tellement plus lourds que d'autres, enfin, il y a vraiment de "vrais" handicaps non ?
En revanche, si c'est pour dire que penser aux personnes handicapées c'est penser à tout le monde, là je suis à fond pour.
Et simplement expliquer que d'une part tout le monde vieillit, et que d'autre part, tout le monde à un moment ou un autre, est en état de faiblesse ou est malade.
C'est effarant lorsque l'on est dans la ville, et même une qui se targue d'intégrer l'avis des associations de personnes handicapées (comme pour le tramway par exemple), comme on peut se rendre compte que rien n'est fait pour l'humain en général.
J'ai eu des problèmes de douleurs aux pieds, banales, et pendant toute une période, je ressentais chacune des bosses des trottoirs.

Il y a aussi une chose importante : quand on est valide soit même, disons sans "vrai" handicap, et qu'autour de soi, on n'a personne qui a un handicap, on ne connait pas du tout ni le monde des personnes handicapées, ni les grandes questions autour du handicap.
De plus, ça fait peur, le handicap, parce qu'on a peur d'être atteint soi-même, on a peur de ne pas savoir comment réagir, on a peur d'avoir peur.
Moi ce qui m'intéresse beaucoup, dans cette question du handicap et des personnes handicapées, c'est qu'elle force à repenser le monde et à être humain, sans viser à ressembler à ce qu'on nous fait croire qu'il faut être.
Je crois que tous les "valides" (sans handicap) gagneraient à être plus en contact avec les personnes handicapées, en ouverture sur le monde, en compréhension de l'autre et donc de soi.

Les associations, les problématiques, cette façon de voir les choses, je ne les ai découvertes que parce que professionnellement, pendant 9 ans, j'ai été amenée à être responsable d'une Cotorep et du Programme Départemental d'Insertion des Travailleurs Handicapés.
Et j'ai découvert toute une partie de la société que je ne soupsonnais pas.
Ca a été une période passionnante, et qui m'a beaucoup apporté.

Patricia a dit…

Le commentaire d'Audine résume bien la réalité.
A quand le primaire mixte valides invalides ? Si tous les enfants cotoyaient cette mixité tout naturellement dès leur plus jeune âge, ça leur permettrait de grandir avec un regard neuf et non ignorant sur le handicap. ça permettrait également aux parents de modifier leur regard.

Didier Goux a dit…

Je me sens d'accord avec le début du commentaire d'Audine : dire "nous sommes tous des handicapés", c'est aussi (ça peut être, plutôt) une manière de noyer le poisson et de justifier l'égoïsme. Puisque je suis moi aussi handicapé, je ne vois pas pourquoi j'accorderais une attention particulières aux autres handicapés.

Sinon, plutôt qu'avec ceux qui veulent "oublier" leur handicap, je me sentirais en accord avec Joë Bousquet qui, lui, voulait "habiter" son handicap. Mais, bien sûr, il s'agit là de l'avis facile d'un (provisoire) bien portant...

balmeyer a dit…

Ah, si Marie dit que je suis le Messie... :-)

Avoir connu, par ton intermédiaire des blogs comme "moi je" a eu l'effet, pour dire banalement les choses, de vraiment "décaler" mon regard. Le côté "mots tout seuls", dématérialisé, a dans ce cas été vraiment intéressant, intimement, un plus.

Sinon, d'accord avec Didier qui est d'accord avec Audine. A la rigueur, s'il faut vraiment une formule, je dirais le moins en vogue et pourtant très humain : "tous normaux".

Nicolas a dit…

Tu es le messie comme le vieux Jacques est une baderne. Et il ne faut pas prendre le messie pour une baderne.

sana a dit…

Très beau. Nous sommes tous handicapés.

Dorham a dit…

D'accord avec Balmeyer, qui est d'accord avec Didier qui est d'accord avec Audine.

Je ne crois pas qu'il faille noyer les spécificités des uns parmi celles présumées des autres.

Il faut sans doute abolir notre perception de la "normalité" ; parce que c'est une codification des êtres qui nuit à l'adaptation du corps social aux autres. Mais je crois que l'on peut précisément le faire en incluant toutes les différences. On a du chemin à faire...

celeste a dit…

Superbe texte qui aussi enclenche la réflexion.

Merci :-)

Dorham a dit…

Je me rends compte que ma phrase d'hier n'a aucun sens...