Préambule

J'aime bien inspirer des auteurs, susciter des débats, lancer des idées, partager des sujets. Comme j'ai pris l'habitude de le faire régulièrement, mon blog, tout en étant le même, ne me ressemblait plus vraiment. Les invités s'accumulaient, on ne voyait plus le papier peint ; j'ai donc décidé de faire de la place et de les coller au plafond.

Pour commencer, la rubrique Blogs et... va se poursuivre ici.
(Les anciens messages et la plupart de leurs commentaires ont été transférés ici)

Bienvenus et merci à tous les participants

mercredi 4 février 2009

Au bout du blog… pas de plage.

[Contribution de Didier Goux]


Un blog c’est une tentation et un filet ; un ersatz aboutissant à un mur, ou encore à un labyrinthe. La tentation d’écrire, la certitude que l’on va maîtriser l’instrument, lui à notre service et nous régnant.

Rapidement, la tentation se fait impératif et c’est là que le blogueur commence à sentir les mailles rêches du filet s’imprimer sur son dos, tels les verges et les fouets sur celui de saint Paul. Il faut continuer, il le doit et se le doit, du moins s’en persuade-t-il ; chaque matin, la vision de la page d’hier s’affichant à l’écran lui est un peu plus douloureuse, un reproche lumineux. Une date qui reste vide au calendrier des archives, et le voilà qui s’agite, convulsionne, frénétise : du texte, il faut du texte… Sinon, que vont penser les Autres ? Les tapis, les embusqués, les dans-l’ombre ?

Donc le blogueur écrit. Son illusion de maîtrise s’est dissipée sans qu’il s’en aperçoive, et de toute façon peu lui chaut. Il faut écrire, tout fait ventre. D’abord les phrases qui lui passent par la tête, puis celles qui n’y passent même pas, avant de finir par cajoler le vide en pleurnichant de vertige. Il est pris dans le filet, seuls les doigts bougent encore ; mais de plus en plus gourds.

Et le blogueur ruse, s’essaie aux stratégies de contournement, aux manœuvres d’auto-diversion : ce qu’il n’a pas le temps ni la force d’accomplir ailleurs, eh bien ! il le consignera ici même. En l’absence de livre, le blog servira de succédané. Sera son succès damné.

Car assez vite le mur est devant lui, très haut. Dépourvu de poternes et de pont-levis mais pas toujours de meurtrières. C’est un mur luminescent et immatériel, pas franchissable pour cela. On peut le taguer à la rigueur, pour amuser la galerie, mais il est impossible d’y écrire – ce n’est même pas un mur des Lamentations ; celui des reniflements dépités et faussement dédaigneux à la rigueur, mais pas plus.

On raconte que certains blogueurs, pas mieux partis que les autres pourtant, sont parvenus à contourner le mur ; ou à creuser dessous des galeries, on ne sait trop. Mais on dit aussi que, de l’autre côté, commence le labyrinthe où on ne peut faire autrement que de s’engager. Il est toujours plus lumineux à mesure qu’on en explore les ramifications, mais il n’y survient jamais aucun événement et toutes les sources d’inspiration trop visibles ont été soigneusement balayées ; si on n’y souffre pas de la faim ni de la soif, on n’y trouve rien à écrire. Pourtant, il faut bien tenir à jour le calendrier, alimenter les libellés, faire disparaître la page d’hier.

Alors on continue.


Photo : Catherine Goux

18 commentaires:

Nicolas a dit…

Je suis assez d'accord avec tout, sauf, bizarrement, l'introduction. Il n'y a pas de sensation de régner chez beaucoup de blogueurs (seuls quelques blogueurs politiques et "high tech" se prennent encore au sérieux).

Par ailleurs, le billet a un fort côté "péjoratif". Le blog est pour moi une passion : je m'y plonge à fond. Vers 1997, je m'étais passionné de cyclisme (je l'ai raconté sur le blog, une fois) : je passais mon temps à attendre le tour de France. Une passion, c'est con. Ainsi, le billet nous décrit comme des fous alors que la plupart d'entre nous ne sont que des passionnés.

Par ailleurs, le billet tend à nous faire passer pour des machiavéliques ou des comploteurs. "toutes les sources d’inspiration trop visibles ont été soigneusement balayées ; si on n’y souffre pas de la faim ni de la soif, on n’y trouve rien à écrire". C'est vrai lors des premiers temps de blogage, ensuite on s'en fout. Mon billet d'hier (la photo de Zac maquillée) sur jegper, je l'ai fait uniquement pour rigoler... par pour alimenter frénétiquement le blog.

Dorham a dit…

Ouais...

(je sais, c'est lapidaire)

Les plus résistants sont les plus cons en fait (je m'inclue, je précise) : c'est leur orgueil de merde qui les oblige ! Quoi ? Supprimer ? C'est de la reddition, une acceptation du vide ?

PAT a dit…

Grand style au service d'un très beau texte. Un peu manichéen peut-être mais si juste dans ce qu'il met en lumière.
Le plus important demeure d'écrire pour soi et non d'écrire avec comme simple motivation futile l'obligation de poster pour juste alimenter les colonnes de son blog.
Un blog (décidément j'ai du mal avec ce mot horrible...)n'est qu'un moyen de communication parmi tant d'autres.

Marie-Georges Profonde a dit…

Moi j'aime particulièrement ce passage :

"chaque matin, la vision de la page d’hier s’affichant à l’écran lui est un peu plus douloureuse, un reproche lumineux."

Je ressens cela aussi. Pas à la même fréquence (ce qui explique que vous publiez plus souvent que moi sans doute), mais le terme de "reproche" est brillamment choisi.

Je suis d'accord avec les commentaires plus hauts (lassitude de commentatrice, qui se contente de reprendre ce qui précède ?) :)

Homer a dit…

C'est agréable à lire, reflet des angoisses de tout blogueur. Attention à ne pas mettre n'importe quoi pour raconter n'importe quoi. Certes, le passage du mur apparait comme la limite à tout, seuls les élus pourraient le franchir, avec un peu de courage? bon texte, merci M. Goux.

dedalus a dit…

D'abord La tentation d'écrire, ensuite Le succès damné. Tout est dit. Bravo !

Dorham a dit…

Putain,
on a du Goux consensuel en fait...

Tu parles d'un réac (ça, en plus de la promenade)...

Sophie a dit…

Publiez une page blanche de temps en temps, on saura que cela veut : "pouce" ou "merdre" au choix !

Le coucou a dit…

Un mur ou le labyrinthe, je suis assez d'accord… Personnellement j'étais venu au blog pour un coup de gueule utilitaire. J'y suis resté par curiosité, dans la redécouverte de mes convictions de toujours. Un défit aussi : me frayer un chemin à travers un bazar auquel je ne comprenais pas grand chose. Et j'ai en effet la sensation d'être entré dans un «labyrinthe lumineux» où rien de pérenne ne peut pousser devant, alors que le clic de sortie est déjà trop loin derrière. Il reste tout de même la possibilité de se divertir, en ces lieux où l'on parvient à conjuguer la communication avec «l'écriture pour soi»!

mtislav a dit…

Le blogueur, tel un condamné opérant dans le meilleur des cas une tentative d'évasion ! Parmi les nombreux épisodes des "Evasions célèbres", celui le plus proche de Didier Goux ne serait-il pas Casanova ?

Didier Goux a dit…

Nicolas : en général, lorsque vous n'êtes pas d'accord (sur ce sujet très étroit : les blogs), je sens que j'ai touché juste. D'une certaine manière, vous êtes mon mètre étalon.

Le blog n'est pas une passion : c'est une simple addiction. Donc, d'une certaine manière, nous sommes fous.

Et d'une autre manière, même pas ; ce qui est sans doute pis.

Nous ne sommes ni des machiavéliques ni des comploteurs : soit je me suis mal exprimé (probable) soit vous m'avez mal lu (possible). Vous passez une grande partie de votre temps, depuis trois ou quatre mois, à rappeler que "on s'en fout" des classements (par exemple), mais c'est pour aussitôt rappeler le vôtre (et ce n'est nullement un reproche).

Du reste, on s'en fout s'en doute, mais vous terminer votre commentaire par : « Mon billet d'hier... »

Dorham : Ouais également (et toc !).

Pat : Merci, mais aucun style du tout et au service d'à peu près rien. Votre commentaire me confirme dans ce que je pense des blogs, même s'il me fait plaisir (justement parce qu'il me fait plaisir...) et que je me sens au bord de l'accepter pour argent comptant.

Marie-George : Vous, je vous aime, donc vous pouvez dire ce que vous voulez. (Mais tout de même, votre nouveau blog...)

Homer : oui, oui, et re-oui : seuls les " élus" peuvent franchir ce mur ! Et même si c'est un scandale aux yeux de l'égalitarisme actuel, il n'en demeure pas moins que seule une poignée d'élus SUPÉRIEURS peuvent devenir écrivains.

(Et je précise que je sais n'en pas faire partie.)

Dedalus : non, tout n'est pas dit. Et très loin de là, même.

Dorham : Ritalalacon, toi-même, d'abord !

Sophie : il est impossible de publier une page blanche. Ou alors, on devient un "artiste contemporain". C'est à dire un intermittent du spectacle quodidien. Autant dire, une merde.

Le Coucou : s'il s'agit de "se divertir", j'arrête dès demain matin. On n'est pas là pour se divertir, que diable ! Pour ça, il y a la vie de tous les jours...

Mtislav : Une fois de plus, c'(est vous qui avez raison (et ça m'énerve) : je suis peut-être le Casanova que mérite cette époque. Donc, vivement la bombe, le sida, l'islam, la tremblante du mouton, etc. Qu'on en finisse.

dedalus a dit…

Mister D. Goux, c'était de l'ironie. Mais ça vous aura échappé. Tant pis.

Didier Goux a dit…

Pas sûr...

Nicolas a dit…

Didier,

J'ai passé la soirée au bistro ce soir (ça m'arrive parfois), je n'ai pas pensé au blog : on n'est pas fou !

Vous me reprenez sur "mon billet d'hier", mais j'ai totalement oublié ce dont il s'agit... On n'est pas fou.

Dorham a dit…

Flash du ritalalacon de service, la tête de Didier Goux sur le corps de Sutherland dans l'affreux "Casanova" de Fellini danse avec une automate.

Scandale !

Marc a dit…

C'est une vision du blog et des Blogeurs bien négative. J'écris depuis longtemps et je ne risque pas d'arrêter de si tôt. Le blog me permet d'être lu et c'est chouette!!!!!. C'est bien d'être lu, c 'est agréable, souvent amusent, et même si les commentaires sont parfois trop élogieux, intéressés ou je ne sais quoi, moi j'adoooooore et cela me fait du bien voilà…et je suis content de mes 150 visites par jours, et j'ai suffisamment de recul pour ne pas me prendre pour ce que je ne suis pas. Je n'ai pas de mur à franchir simplement l'envie d'écrire de mieux en mieux, de trouver des idées, des histoires. Je suis dans une curiosité de l'écriture des autres, permanente et j'ai fais grâce aux blogs de jolies découvertes. Je sais que beaucoup d'autres personnes sont comme moi dans cette envie d'écrire et d'être lu tout simplement. Je suis curieux de savoir ce qu'il y aura après les blog…..

martin a dit…

Si je ne partage pas votre vision je reconnais qu'elle est énoncée clairement.

L'exercice d'écrire sur un blog ne relève pas forcément de la contrainte, on peut simplement y prendre plaisir sans l'envisager comme un ersatz. Beaucoup d'entre nous n'ont nulle envie de reconnaissance ou de célébrité littéraires mais seulement de rencontrer d'autres imaginaires personnels, et l'écrit me semble un excellent moyen pour ce faire.

Si je conçois parfaitement l'angoisse de la page blanche pour les professionnels de la plume quels qu'ils soient, je la trouve un poil surjouée pour les autres, tout cela ne devrait-il pas rester une occupation légère, pourquoi pas même teintée d'une certaine gravité si l'auteur en est désireux - il n'y a pas incompatibilité que je sache.

Bloguons avec le sourire, pas par dépit :)

Cordialement

Thierry Benquey a dit…

J'ai adoré le ton de ton article. J'applaudirais volontiers des deux mains si je n'en avais besoin pour rédiger ce commentaire. Merci pour cet instant de plaisir.

"seuls les doigts bougent encore ; mais de plus en plus gourds."

Je voyais l'image s'imprégner dans mon cerveau pendant la lecture. Rire.

Je lis les commentaires et je m'étonne que les gens réagissent avec autant de sérieux à ce que j'ai lu avec la légéreté d'une parodie, une satyre de la blogosphere. Et surtout un énorme fond de vérité.

Amicalement
Thierry